2000 Perou/Bolivie
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PEROU BOLIVIE 2000

 

«  Au bout de la patience il y a le ciel  »

PROVERBE PERUVIEN

 

«  C’est un pays que personne ne peut

comprendre. Et rien n’est plus attirant

que l’indéchiffrable... »

Mario VARGAS LHOSA

 

PEROU - BOLIVIE

«  Le moment est venu de prendre ma plume pour

faire part des grandes choses qu’il faut raconter

sur le Pérou. »

Lettre du chroniqueur CIEZA DE LEON

à S.M. Philippe II, roi d’Espagne.

1558

En effet cette année, comme le disait Voltaire dans une lettre datée du 26/01/1735 à Monsieur Berger : «  La scène est au Pérou, Messieurs, séjour peu connu des poètes. La Condamine mesure ce pays, les Espagnols l’épuisent et moi je le chante. »

Et nous... gens d'Etapp ?

Nous, nous décidons de partir vers cette contrée lointaine et mystérieuse, tantôt inondée de soleil, tantôt noyée dans la brume des hauteurs ou dans l’exubérante forêt tropicale.

Bastion de la civilisation inca, le Pérou, ( nom magique et proverbial ) ne cesse d’exercer une fascination presque mythique et permet aux visiteurs d’être à la fois déroutés et mystifiés par ce séjour dans la mémoire de l’histoire d’une mosaïque de peuples. Pays où l’on n’est jamais assez près du ciel ni assez proche du soleil.

Le mythe de l’Eldorado est tenace. Aujourd’hui quand nous voulons exprimer l’abondance, le luxe et le superflu nous nous exclamons : «  C’est le Pérou !  » Quand à l’opposé, la situation devient précaire et que nous voulons éviter d’en parler nous inversons et comme en aparté nous soupirons : « Ce n’est pas le Pérou !  »

Or le Pérou n’est pas un pays de cocagne. Il s’agit d’un rêve doré, une sorte de leurre qui enflamme les imaginations et attire les aventuriers que nous sommes.

«  Pour moi, le Pérou est matrice de l’Amérique, en son écrin serti de pierres mystérieuses et hautes couronnées de dentelles d’écume singulière...

L’Amérique, c’est le Pérou baroque et primitif, patrie mystérieuse, arrogante, antique. »

PABLO NERUDA

( Ecrits de voyage )

Ou encore comme l’écrivait l’incontournable GUAMON POMA DE AYALA en 1610 : «  ... dans ce royaume que Dieu a fait pour nous, il a réparti les richesses de l’or et de l ’argent sur toute l’année, il n’a fait ni hiver, ni été, ainsi toute l’année, on n’y manque jamais de fruits, ni de pain, ni de vin, ni de viande, quand on travaille. On ne manque jamais de rien. »

Mais finalement rien ne remplace sa propre expérience...

J1 PARIS - LIMA 1/11/2000

L’international airport STRASBOURG - ENTZHEIM est encore noyé dans la nuit et le brouillard quand nous nous retrouvons les uns mal réveillés et les autres à moitié endormis mais tous très contents de se revoir pour ce nouveau périple.

Et déjà un scoop fumant : François est patché ( mais pas encore pacsé ). Sale coup pour la SEITA !

Nous retrouvons Nath et Gérard à l’aéroport Charles André Joseph Marie de Gaulle ( Lille 1890 - Colombey les deux Eglises 1970 ) avant de décoller pour Miami où nous atterrissons neuf heures et demi plus tard après un vol sans histoire.

Nouveau vol jusqu’à LIMA où nous trouvons ELIZABETH notre guide-accompagnatrice, Mario le chauffeur et un premier « pisco » bien frais.

Nuit au PALACE HÔTEL

J2 LIMA 02/11/2000

Grasse matinée avant de partir à la découverte de LIMA en compagnie de Carmen la guide du jour.

«  La ville la plus triste de la terre »

Herrmann MELVILLE

 

«  A Lima, je n’ai rien pu savoir du Pérou... ! Lima est plus loin que Londres de son pays. »

Alexandre de HUMBOLT

 

Née le jour de l’Epiphanie, elle fût d’abord « ville des rois » ( ses armoiries comportent les trois couronnes des mages ), capitale des « Indes Galantes » de Rameau, ville frivole où l’oisiveté de la divine courtisane, la Périchole ( de son vrai nom Micaela Villegas ), fit perdre la tête au vice-roi AMAT et qui l’appelait quand il était en colère « perre chola » : chienne d’indienne. Mais aussi ville maritime et coloniale, passionnante et vivante.

Cité au cœur bien accroché.

Pizzare en a dressé les plans à la pointe de l’épée sur la place d’arme. Place qui renferme toute l’histoire du Pérou.

Ici le climat est indéfinissable. Les Liméros prétendent que chaque jour comporte quatre saisons. Une sorte de brouillard ( le garua ) humide et gris plane sur la ville presque chaque matin accentuant encore l’anonymat de la plupart des bâtiments uniformes. Il ne pleut jamais. L’après-midi il fait grand soleil et le soir il fait froid.

Une légende raconte que Pizzaro, avant de fonder la cité aurait demandé aux indigènes de lui indiquer le lieu qui lui paraissait le mieux approprié. Ceux-ci afin de se venger du cruel conquérant, lui montrèrent l’endroit où aujourd’hui, se situe la capitale du Pérou.

Lima est dessiné sur le modèle des villes espagnoles, comme le prescrivait la « loi des Indes ». Elle est édifiée autour d’une place centrale ( plaza mayor ).

Lima doit son caractère au contraste de deux époques. Ici se sont les gratte-ciel et les bâtiments administratifs modernes qui le disputent au style colonial. On trouve des grilles de fer forgé, des entrelacs de bois sculpté sur les murs des résidences, des églises et surtout des balcons baroques ouvragés et chantournés à l’extrême de l’époque de la divine Périchole. Certains de ces balcons sont clos par des jalousies à treilles d’inspiration mujédar ( version espagnole de l’art musulman ) derrière lesquelles se tenaient les sénoritas de bonne famille pour voir les gens passer ou guetter leurs soupirants. D’autres sont fermés par des vitres qui leur donnent l’aspect d’horribles buffets vitrés. Néanmoins leur ensemble donne aux rues et places un charme singulier. Et comment ne pas penser à l’adage fameux de Bruno ROSELLI : «  Maison sans balcon ressemble à femme sans poitrine. » ( NDLR : et inversement ! )

Notre visite commence par les quartiers modernes MIRAFLORES, SAN ISIDORA.. Premier arrêt : le Parc de l’Amour. Il s’agit là d’un jardin à l’espagnole en front de mer dont la pièce maîtresse est la statue d’un couple enlacé. Dans les quartiers modernes les étrangers abondent. Chacun s’est appliqué à prouver son originalité en construisant la plus agréable des demeures. La ferme anglaise avoisine le chalet suisse. Le gothique fait concurrence à des copies de style vaguement colonial. Le plus souvent il ne s’agit que d’une façade, car tout le reste de la maison n’est qu’un assemblage malheureux de pièces, de terrasses, de parois percées, de fenêtres protégées d’énormes grilles.

Nous abordons la vieille ville par la place éponyme où se dresse la statue équestre martialement conformiste du Général San Martin, libérateur du Pérou, exemple typique du style colonial abâtardi qui n’arrive pas à donner le change aux esthètes du groupe.

Et partout des boutiques dans lesquelles on vend de tout et tout est mélangé. Il n’y qu’à regarder et se laisser surprendre.

Arrêt sur la PLACE D’ARMES où sont édifiés quelques-uns uns des plus vieux et des plus beaux monuments de la ville. Devant nous se dresse la CATHEDRALE se composant de trois nefs très austères et de nombreuses chapelles latérales dont la première renferme la tombe de PIZARO. Les autres hébergent tous les Saints de la région. Mais en y regardant de plus près on se rend compte que les architectes n’ont pas craint de compromettre la solidité de leur oeuvre en combinant les oves, les volutes, les pots à feux et les balustres, les urnes et les cippes, les acrotères et les pyramidons qui caractérisent le goût hispano-lusitanien des XVIII ème et XVIII ème siècles. Cet aparté s’adresse bien sûr aux puristes et aux habitantes de la HVS.

A côté d’elle est érigé le palais archiépiscopal avec son balcon ouvragé composé de 5000 morceaux de cèdre du Nicaragua agencés sans le moindre clou.

Ce retour au passé est rapidement interrompu par l’histoire en marche en l’occurrence une manifestation de paysans. Allons nous assister à la nième révolution de ce pays en direct-live ? Pour échapper à cette marée verte et hurlante, aux forces de l’ordre armées et casquées ainsi qu’aux radis brandis par le peuple en marche, nous nous réfugions au couvent SAN FRANCISCO à l’abri de son cloître recouvert d’azulejos sévillans. Nous en profitons pour admirer une série de peintures de l’atelier de Rubens et la "Céna", tableau original ressemblant plus à un buffet péruvien qu’au dernier repas du Christ. Ce couvent abrite encore une magnifique bibliothèque. Le rêve !!

Nous descendons dans les incontournables catacombes où les moines ont disposé de façon très artistique et avec un goût certain les ossements de 60 à 70000 cadavres. Après cette mise en bouche nous retournons dans les quartiers modernes pour un repas péruvien typique à base de « ceviche », poisson mariné dans du citron vert.

L’après-midi est consacré à la visite du MUSEE DE ORO DEL PERU qui croule sous l’accumulation d’objets les plus divers : costumes, masques, poteries, momies, bijoux; tuniques, armes, outils,... De toutes ces richesses les magnifiques tumis, couteaux de sacrifices, méritent une place à part. Devant cette accumulation de trésors on mesure l’attrait de l’Eldorado sur les conquistadors.

Nuit au PALACE HÔTEL

J3 LIMA - PARACAS - NAZCA 3/11/2000

Réveil 5h et départ 6h. C’est le début des vacances ! Nous prenons la panaméricaine noyée dans le garua, cette brume si typique de Lima heureusement éclairée par le sourire d’Elizabeth ( et par le vôtre aussi Mesdames ! - on n’est jamais assez prudent - ). La route jusqu’à PARACAS, «  vent du Pacifique », ne présente aucun attrait particulier en dehors de celui d’Elizabeth ( et du vôtre Mesdames, bien sûr !).

A Paracas nous embarquons à bord d’une vedette rapide pour les Iles BALLESTEROS, que certains esprits chagrins appellent les «  Galapagos des pauvres  » ( ils ne doivent pas connaître le prix du voyage ! ) et qui comportent trois îles et de nombreux îlots sur lesquels les Péruviens récoltent le guano, une des richesses du pays.

 

Au passage nous admirons le «  Candélabre » ou trident, un géolyphe de 60m sur 200 que les spécialistes associent à la culture nazca. Il servait parait-il de repère aux navigateurs en mer.

Nous sommes accueillis par les cris et les plongeons gracieux des otaries et accompagnés par le vol majestueux des pélicans et des condors andins. Les ornithologues avertis du groupe ont reconnu en outre des cindoles des rochers, des cormorans de Gaimard, des fous du Pérou, des vautours à tête rouge et même un malheureux pélican d’Humboldt semblant s’être égaré ici et dodelinant sa peine sur un rocher. Au retour nous ramenons une chochotte à tête rouge : un «  philippus micheliae » de la sous-espèce HVS.

L’étape suivante se situe à ICA connue pour ses bodegas ( vignobles ) et sa fabrication de pisco. La dégustation prévue tourne court faute d’amateurs. Le déjeuner est pris dans l’oasis de HUACACHINA réputée pour son lagon aux eaux vertes sulfureuses qui auraient des vertus curatives. L’aspect douteux de ces eaux ne nous incite pas à une crénothérapie. Yves, le Ramountcho du Pérou, s’y laisse complaisamment photographier en compagnie de lolitas locales ne tenant aucun compte des lois sur la protection des mineurs.

Après ce repos du guerrier nous reprenons la panaméricaine et son long ruban monotone ce qui permet à certains d’entamer leur 4ème sieste du jour.

Avant d’arriver à NAZCA nous montons sur le mirador érigé par Maria REICHE afin que les gens pauvres puissent aussi avoir une vue sur les géolyphes. Nous sommes sensés découvrir les mains ( une à 4 doigts et une à 5 doigts) ainsi qu’une baleine. Mais celle-ci a disparu : c’est le nouveau mystère de Nazca.

A l’arrivée nous faisons un tour chez un potier ( astuce tout à fait involontaire ). Celui-ci est aussi rond et gai que ces poteries. A l’écouter son métier est simple : un peu de terre, quelques colorants minéraux, une once de cheveux de bébé, un monticule de charbon de bois et surtout un doigt de graisse prélevé sur les ailes du nez et sur sa chevelure.

Nuit au NAZCA LINES HÔTEL

J4 NAZCA - AREQUIPA 4/11/2000

A l’aurore nous prenons le chemin de l’aéroport ( ???) pour prendre les fameuses «  avionnettes » prévues par notre programme afin de survoler les géolyphes de Nazca. En réalité les engins volants que nous empruntons sont des Cessa au passé chargé. Mais la haute technicité de la maintenance au sol qui s’active dans un hangar nous rassure tout à fait. Nous décollons en trois vagues successives comme les Japonais à Pearl Harbour.

Pour rêver à Nazca point n’est besoin de recourir à des chimères. Il suffit de contempler le décor lunaire du Pampa Colorado pour constater que l’incommensurabilité et le fantastique s’y côtoient tout autant que dans un roman de science fiction. Ce désert sans eau et sans vie porte des tatouages mystérieux : le prodigieux livre d’histoire étale à même le sol ses dessins. C’est un rébus bien étrange que les anciens Nazcas ont tracé là. A hauteur d’homme il est invisible. On ne le distingue que du ciel.

 

Apparaissent alors dans leur inquiétante démesure d’immenses signes cabalistiques : trapèzes, cercles, lignes en zigzag, spirales ou figures concentriques de différentes tailles. On découvre aussi des images zoomorphes similaires à celles que l’on retrouve sur les poteries nazcas. Ce sont assurément les éléments les plus remarquables de ce désert. Parmi les motifs d’animaux figurent une baleine, un chien avec de grandes pattes et une longue queue, deux lamas et différents oiseaux ( grue, héron, pélican, mouettes, colibri et perroquet.) Au nombre des reptiles, on reconnaît un lézard, un iguane et un serpent. Ailleurs on rencontre les silhouettes imposantes d’un singe, d’une araignée et d’un escargot.

Dès 1539 le chroniqueur espagnol CIACO DE LEON avait été intriqué par de « curieux signaux en quelques parties du désert voisin de Nazca ».

La majorité des chercheurs s’accordent à penser qu’il s’agit de symboles astronomiques, vraisemblablement d’un calendrier cosmique ( livre d’astronomie le plus grand du monde » Dr Paul KOSOK ). Mais cela ne saurait libérer les figures du désert de Nazca de leur secret. Cette recherche laisse un magnifique champ libre aux personnes dotées d’une imagination par trop débridée - comme l’écrivain suisse Emil von Dänicken ou le français Robert Charroux - qui ont cru parvenir à déceler l’œuvre d’anonymes extra-terrestres venus visiter les peuples précolombiens il y a quelques milliers d’années ! Bien qu’aucun argument plausible ne soit jamais venu étayer la thèse de ces pionniers de l’utopie, adeptes des scaphandriers de l’air vénusien ou des petits martiens au teint vert.

Reste une énigme insistante, un de ces secrets qui lance un défi et qui dérange l’humanité.

En voyant Isabelle à l’atterrissage on comprend mieux la théorie des extra-terrestres et des petits hommes verts qui se seraient posés dans ce désert. Quant à Dominique P. et Lulu, à l’instar des héros de South Park, elles vomissent de bonheur devant ce spectacle.

Après cet intermède culturel commence la longue route déserte vers AREQUIPA, prétexte à la première sieste du jour. A l’heure sacrée de l’apéritif le bus se réveille comme un seul homme d’autant plus que cette précieuse Elizabeth a la bonne idée de faire un arrêt pour acheter des olives. Cela nous permet d’atteindre PUERTO INCA pour un déjeuner face au Pacifique dans ce port mythique.

Maintenant la route se fait plus belle en se déroulant le long des côtes rocheuses le long de l’océan et à travers de vallées plantées de rizières.

Seul incident notable : Mario, notre chauffeur se fait retenir longuement par les policiers de la route. Nous sommes sérieusement inquiets en voyant trois vautours faisant des cercles de plus en plus rapprochés au-dessus de leurs têtes. Pendant ce temps Michel pâlit d’envie devant les magnifiques Toyota 4x4 flambant neuves dont est équipée la maréchaussée locale. Quand je dis pâlit, il s’agit là d’un doux euphémisme car sa tête relève plus de la tomate concassée. Il en est ainsi quand on veut faire sa chochotte parait-il.

Tout finissant par arriver, nous arrivons à AREQUIPA tard dans la soirée.

Nuit à LA MAISON D’ELISE

J5 AREQUIPA 5/11/2000

Arequipa ( 2380m sur le GPS de Gérard ) signifie : « c’est bien nous restons » phrase que des guerriers en marche déclarèrent à leur chef car ils ne voulaient plus avancer. Ce qui est loin d’être notre cas tant notre soif de nouvelles découvertes est intense. Construite sur des ruines Incas elle doit son nom de « ville blanche » au fait qu’elle était habitée par des blancs, les Espagnols, mais aussi à ses maisons construites en silar, pierre volcanique d’un blanc étincelant. C’est aussi la cité de la laine. On y collecte la précieuse toison de tous les alpagas, vigognes, lamas et autres mérinos de tout le département de Puno.

Pour visiter cette cité l’art religieux espagnol a atteint son apogée nous avons recours à un guide local : Georges dont les idées sont bien tranchées et l’élocution pas toujours claire. Nous débutons le «  city- tour » par la visite du couvent de SANTA CATALINA que nous découvrons sous la férule de Béatrice, une délicieuse ingénue rêvant de se marier dans cette sainte enceinte.

« Les nonnes du couvent de Santa Catalina

Prétendent qu’elles sont pures

Mais elles ne disent pas combien de fois

Elles ont vu, couchées sur le dos, les étoiles ... »

 

Ainsi commence une vieille romance péruvienne qui rappellera des souvenirs aux nostalgiques du dernier rang à la Faculté. Mais foin de la nostalgie, nous sommes là pour la culture pure et dure. Le couvent de Santa Catalina, grand comme la moitié du Machu Picchu est avant tout un joyau de l’architecture religieuse coloniale du XVI ème siècle. C’est un plaisir de flâner dans le dédale des rues aux murs ocre-rouge, de pénétrer dans les cellules bleues-pastel ou blanches. Malheureusement notre accorte guide nous mène au pas de charge. A propos des cellules il convient de préciser pour Jacqueline que cocina et servicos higiénicos ne sont nullement les prénoms des sœurs habitant ces locaux.

Sur les merveilleuses fresques et les fabuleux tableaux de l’école cusquéienne ( ça fait riche !!) On retrouve peints, disséminés ci et là des symboles de l’empire Inca: La lune, le soleil, le maïs ou un cochon d’inde, le fameux cuy ( cette bestiole myxomateuse qu’on élève d’un bout à l’autre des Andes tout à la fois pour se faire un peu de viande fraîche et y lire l’avenir de la communauté ou des malades dans ses boyaux pestilentiels.) 

A ce sujet permettez-moi de faire un aparté culinaire pour vous donner la recette sur l’art d’accommoder cet adorable petit rongeur :

prendre un "cuy" en faisant attention à la prononciation

lui tordre le « cul » d’après Georges toujours en faisant attention à la prononciation

extraire avec doigté les viscères

le plonger dans l’eau bouillante pour le peler

puis l’écraser délicatement avec une grosse pierre en respectant la tête car le petit animal doit vous faire un gracieux sourire une fois dans votre assiette

le faire rôtir

puis le servir en le couchant sur le dos avec ses petites pattes croisées

Après cela si vous avez encore faim, vous pouvez le déguster délicatement.

Du couvent nous nous rendons à la Plaza de Armas où comme dans tout le Pérou, les dimanches, se déroule la cérémonie du drapeau. Occasion pour les associations, les écoles et des militaires de tous poils de défiler gracieusement au pas de l’oie.

 

La CATHEDRALE qui occupe tout un pan de la place affiche son opulence à l’extérieur mais reste sombre en dedans. Elle contient les orgues les plus grandes d’Amérique du Sud. Offertes par les belges en 1870, elles ont sonné faux jusqu’en 1980 le temps mis par nos sympathiques voisins pour savoir qu’il ne suffit pas de fabriquer un instrument encore faut-il l’accorder.
A la sortie de la Cathédrale nous avons droit à la révolution du jour, fomentée cette fois par la jeunesse socialiste. Georges prend cette affaire très au sérieux et nous abrite à la COMPANIA, l’église des jésuites, où nous trouvons refuge dans la chapelle SAN IGNACIO sous une riche coupole polychrome. En attendant la fin des hostilités nous nous promenons dans les deux cloîtres de l’église réputés pour leurs... magasins de pulls en laine de bébé alpaga.

Nous quittons le centre et son tumulte pour nous rendre à YAMAHUARA le quartiers des « culottes sales », pour monter au mirador de San Juan de Diaz afin d’admirer les impressionnantes montagnes qui dominent la ville: la plus célèbre est le volcan MISTI (5827m), flanquée à droite du CHACHANI (6075m) et à gauche du PICHU PICHU (5571m)

 

Déjeuner et musique typique au restaurant CARANTARILLA.

L’après-midi est dite libre, c’est à dire que les hommes suivent leurs compagnes parties à la chasse aux bébés lama. N’étant pas informé de l’occupation de chacun et cela ne nous regardant pas je n’en dirais pas plus. Je ne reviendrais pas non plus sur la soirée brésilienne.

Nuit à La MAISON D’ELISE

J6 AREQUIPA - CUZCO 6/11/2000

Nous quittons Arequipa, la blanche en avion, pour un vol sur Cuzco de 45 minutes.

L’arrivée à CUZCO est inoubliable. Le regard perdu sur une étendue rose qui frémit dans l’atmosphère. Peu à peu les tuiles rouges espagnoles qui recouvrent les toits et les flèches des églises se distinguent plus nettement puis toute la ville apparaît avec autant de netteté que d’éclat dans l’air raréfié d’une altitude de 3650m. En quittant l’avion le souffle court, la tête dans un étau le sentiment d’ivresse qui nous étreint n’est pas seulement dû au mal des montagnes, le « saroche ».

Nous voici donc à Cuzco, la capitale de l’Empire inca, Cuzco « nombril du monde » en langue quechua ( «  nombril, nom bien choisi car le Pérou est long et étroit comme un corps humain et Cuzco est situé au milieu de son ventre » - Garcilas de la Vega - ), Cuzco la cité qui a fait rêver tant d’écrivains de la vieille Europe, Cuzco la ville de tous les superlatifs.

Michel de Montaigne en parlait ainsi dans ses « Essais » : «  L’épouvantable magnificence de la ville de Cuzco et les jardins de ce roi où tous les arbres, les fruits et toutes les herbes, selon l’ordre et la grandeur qu’ils ont en un jardin étaient excellemment formés en or... »

«  Cuzco, la ville des souverains de ce pays est si grande et si belle qu’elle serait digne de s’élever en Espagne. Elle est pleine de palais et les pauvres inconnus. » s’écriait Pedro Sancho de la Hoz en 1534.

«  Cette ville est la plus grande et la plus belle de ce pays et de toutes les Indes Orientales. » Francisco PIZZARO

« En attendant, on leur fit voir la ville, les édifices publics élevés jusqu’aux nues, les marchés ornés de mille colonnes, les fontaines d’eau pure, les fontaines d’eau de rose, celles de liqueur de canne à sucre qui coulaient.. » VOLTAIRE ( Candide )

Ici aussi nous sommes accueillis par une guide locale : Micheline, une belgo-péruvienne à la crinière flamboyante et échevelée. Elle nous laisse aussitôt pour une découverte libre de la ville.

L’ancienne capitale des Incas n’a pas concédé un pouce de ses splendeurs passées à l’outrage du temps mais elle est néanmoins une cité qui sommeille et c’est tant mieux. Ville de promenades et de flâneries qui vit au rythme d’un autre âge. Elle présente deux visages et deux cultures, inca et coloniale. La nature a respecté l’œuvre de ses adorateurs et a détruit celle des nouveaux venus car l’architecture inca a résisté aux tremblements de terre. Finalement Cuzco c’est bien davantage la pierre inca que le stuc espagnol. Subtil mélange qui témoigne de l’histoire tourmentée de la cité et qui dégage une atmosphère singulière qu’on ne peut pas confondre avec le mal des hauteurs.

Dans les ruelles dallées et pavées de galets et dans la foule des vendeurs, difficile de se frayer un chemin pour partir à la découverte de ces chef-d'œuvres aux sublimes façades ouvragées. Partout ce ne sont qu’églises à coupoles, palais à hauts murs, fontaines chuchotantes, demeures assises sur des coffres d’or hérités de temps révolus.

Et cette cascade de tuiles rouges dégringolant des collines. Et ces merveilleux jardins où s’étale le vert émeraude.

Une flûte andine qui s’anime au coin d’une rue. Ou c’est une femme qui propose des ceintures, sacs, couvertures et bonnets multicolores. Ici les marchands de coca disparaissent derrière leur gigantesque ballots de toiles. Là les herboristes détaillent plantes et graines aux pouvoirs tantôt curatifs, tantôt maléfiques. Des fœtus de lamas, attachés par une patte comme on lie des radis en bottes attendent l’acquéreur. Et partout le même «comprane» (achètes-moi quelque chose ) revient comme une rengaine se faisant l’écho d’une misère criarde et digne pourtant. Ruelles labyrinthiques donnant sur des places aérées. Magnificence d’églises baroques. Chef-d’œuvres d’architecture inca, les premiers sont érigés sur les seconds. Malgré leur farouche volonté d’effacer toute trace de culture «  païenne » les conquérants ont dû se résoudre à construire sur les indestructibles fondations incas. L’alliance est remarquable. Et le symbole est saisissant ! L’inquisition est assise sur la tradition sans pouvoir la faire taire.

Nous nous retrouvons pour un déjeuner inca à base de viande d’alpaga : encore un baby mort de froid. Bravo les filles !!!

Promenade digestive dans les sites Incas extra-muros. Chemin faisant Micheline nous donne des rudiments sur la civilisation inca et «  quelques indications par rapport à l’endroit où nous nous trouvons ».

Premier arrêt : PUCAPUCARA, le fort rouge, ancienne tour de contrôle sur le chemin de l’Inca. Nous croyons tout sur parole et renonçons même aux photos.

Second site : TAMBOMACHAY, temple dédié à l’eau. C’est là que se trouve un bain cérémonial en pierre ouvragée : le bain de l’Inca.

L’étape suivante est le Q’ENQO encore appelé le labyrinthe ou le zigzag en raison des tunnels qui parcourent la roche calcaire et qui mènent à une grotte naturelle où se trouve un autel pour les sacrifices.

Le dernier site est le plus beau et le plus grandiose. C’est SACSAHUMAN, le nid de faucon. Il s’agit de l’œuvre majeure édifiée par les Incas pour montrer leur force. Cette forteresse réalisée à partir d’énormes blocs d’andésite appareillés avec une remarquable précision était en même temps maison du soleil, arsenal et lieu de sacrifice. Du moins il y en a qui le disent. Ces ruines cyclopéennes évoquent la déclaration de l’Inca HUAYNA CAPAC : « Si le peuple manque d’occupation, il faut lui faire transporter une montagne d’un lieu à un autre, l’ordre régnera. »

Après ces digressions pour le moins pétreuses nous retournons en ville pour le dernier site inca du jour : le célèbre temple du soleil sur les fondations duquel se dresse le couvent SAN DOMINGO. Il faut beaucoup d’imagination pour y retrouver le CORICANCHA, la fameuse cour dorée ou enclos d’or en quechua. On y adorait Viaracocha, le dieu suprême, Inti le soleil, Quilla la lune, Chaska les étoiles, Illapa le tonnerre et la foudre et enfin K’uchi l’arc-en-ciel.

Nous terminons la visite de Cuzco en compagnie de Micheline par la CATHEDRALE. Située sur la place d’un vieux temple consacré à TICI VIRACOCHA, le dieu créateur. Austère plutôt que belle, d’une grandeur compassée. «  La plus belle église de l’hémisphère occidental » d’après Harold WETHEY. Chef- d’œuvre architectural elle est aussi le symbole tragique d’une époque où la croix des conquistadores s’éleva la première fois au-dessus des temples détruits des anciens dieux incas.

Comme elle est en restauration nous y circulons entre les échafaudages mais nous arrivons néanmoins à avoir une idée de l’édifice. Profusion de richesses amalgamées combinées selon tous les logarithmes de la piété naïve. Elle supplée tout ce qui lui manque d’art et de style par un étalage de richesses comme « certaines femmes se flattent de faire oublier leur laideur en exagérant leur parure. » ( Paul Marcoy )

Tout est théâtral dans le sens de spectaculaire. Il faut frapper les esprits. Corps de Christ torturé, il doit torturer nos âmes car il est mort pour nous.

Au détour du chantier Micheline nous présente un éminent professeur de Cuzco qui nous fait une mini-conférence sur la religion catholique andine, les francs-maçons en passant par les juifs et les cathares.

La journée se termine bien sûr par un repas et des chants typiques.

Nuit à l’Hôtel ROYAL INKA II

J7 CUZCO-PISAC-OLLANTAYTAMBO-URUBAMBA 7/11/2000

Aujourd’hui nous allons faire notre marché à PISAC. Inutile de décrire l’ambiance survoltée dans le bus. Après un dernier coup d’œil sur Cuzco depuis les hauteurs du Cristo Blanco nous nous engageons dans la riche vallée sacrée qui longe le fleuve URUBAMBA.

 

A la vue des terrasses de PISAC, Lulu à l’article de la mort la veille ressuscite à l’idée des achats à faire.

PISAC domine l’Urubamba aux rives aménagées en une succession de terrasses agricoles d’un admirable équilibre. Les souverains de Cuzco avaient fait de ces terres fertiles un « lieu de délices et de détente, comme l’écrit GARCILASO DE LA VEGA, dans lequel ils se rendaient pour se reposer de leurs tâches et de leurs soucis de la paix et de la guerre. »

C’est le marché le plus authentique dans la vallée des Incas. Ici les Indiens se font marchands et restaurateurs. L’arc-en-ciel est présent partout et sous toutes les formes. On y trouve des boutiques avec des écorces, des amulettes, des fétiches, des herbes...

Soudain au hasard d’une rue, le beau visage d’une jeune femme à l’enfant. Les traits droits précis comme ceux de ses ancêtres qui vivaient là avant l’arrivée fatidique des caravelles et de leurs terribles conquistadores, et dans ses yeux l’infinie nostalgie d’une civilisation à jamais disparue.

Derrière le village moderne se dresse un puissant massif sur lequel sont disséminées les ruines des différents quartiers qui constituaient la grande cité fortifiée de Pisac.

Beaucoup d’emplettes plus tard nous continuons notre route vers URUBAMBA le long du fleuve éponyme. Micheline nous accorde généreusement une heure pour nous sustenter avant de visiter le site d’OLLANTAYATAMBO. Celui-ci domine le charmant village inséré dans le tissu urbain inca divisé en canchas, pâtés de maisons dotés chacun d’une seule entrée donnant sur une cour et parcourus de ruelles étroites empierrées et étroites. Des escaliers abrupts permettent de grimper sur les impressionnantes terrasses décalées. La maison royale du soleil formée d’énormes blocs de porphyre rose domine le village et offre un panorama extraordinaire.

Micheline nous apprend que déjà à l’époque les cuisines étaient équipées d’armoires et de niches dont l’usage était de servir à « ranger des choses dont on peut avoir besoin ». cf. illustration.

 

Mais Micheline est très pressée de nous quitter.

Ceci permet d’envisager trois hypothèses :

    - elle respecte scrupuleusement les horaires syndicaux

    - elle est atteinte par la tourista

    - elle a un train à prendre

Or il n’en est rien. Il y en a qui disent qu’elle est pressée de rejoindre son ami le professeur éthno-archéologue et sacristain de la Cathédrale.

Nous nous retrouvons donc rapidement à URUBAMBA, village en pleine effervescence car nous sommes veille de fête: marché évidement typique et animé, manèges antédiluviens, stands de tir oniriques mais surtout une répétition générale de défilé sur la Place d’Armes. Spectacle haut en couleurs que ces gamins appliqués les uns à jouer la fanfare, les autres à défiler au pas de l’oie tandis que les majorettes s’emmêlaient les bâtons. Exercices cent fois répétés avec la même ferveur et la même conviction.

Fascinant ! Viva el Peru !!

Nuit à l’ Hôtel INCALAND

J8 URUBAMABA - AGUAS CALIENTE 8/11/2000

.Aujourd’hui est un autre jour et un grand jour car la « famille », chère à Elizabeth part à l’assaut du « Mapi  ». Pour cela nous nous rendons à la gare d’Ollantaytambo où nous retrouvons Micheline dans le train. ( n’attendez aucune astuce de ma part à ce sujet ).

C’est le début d’un voyage initiatique.

Le train des Andes s’élance à l’assaut de la cordillère dans un grincement arthritique. Le soleil luit haut dans le ciel andin comme les tripes du cuy le laissaient prévoir. Nous cahotons le long de la vallée de l’Urubamba dans la vallée sacrée dont la fertilité est prodigieuse. On y cultive pommes de terre, le maïs tendre à gros grains, fruits variés mais aussi café, thé et cacao. Par-ci par-là un « roya », pont suspendu sur les fondations d’un pont inca, permet de rejoindre le chemin royal de l’Inca qui permet de monter à pied au Machu Picchu. Le train ahane car la vallée se fait étroite dans le canyon entouré de montagnes à plus de mille mètres à la verticale. Le fleuve gronde et presse sa marche. Les doux champs andins ont laissé la place à la forêt tropicale, lianes plongeantes, orchidées, flamboyants, arbres géants... De la terre monte une odeur d’humus.

 

AGUAS CALIENTE. Terminus. Village aux eaux thermales bienfaisantes. Dehors la foule s’agite, les issues sont bloquées, acheter, vendre, alors qu’au dessus de la cordillère l’ombre du condor et l’esprit de l’Inca planent encore... Mais il nous faut encore grimper la route vertigineuse avec ses treize lacets pour arriver là-haut. Enfin !

Au-dessus de nous le sanctuaire se dresse dans son décor onirique. Machu Picchu et Huayna Picchu se disputent le paysage. Les deux montagnes plantent leurs tétons de pierre dans les cieux cristallins.

Voici la «  Cité sacrée située aux confins des quatre mondes : le ciel, la terre, la montagne et la forêt » (N. WACHTER).

Décor somptueux et la sensation unique d’être l’invité privilégié des «  Fils du Soleil «. Un éblouissement total qu’il faut connaître une fois dans sa vie. On reste muet d’admiration ou de stupeur devant ce qui dépasse. Lorsque tout a été dit ou écrit, on ne peut qu’admirer et se répéter. C’est pourquoi en arrivant à Machu Picchu les mots semblent futiles dans ce site spectaculaire, superbe, magnifique, merveilleux, fantastique... Mieux vaut admirer les témoins muets d’un peuple anéanti par la soif de l’or, du pouvoir et de la gloire.

«  Je croyais rêver... Mais où étais-je donc tombé ? » déclarait HARAM BINGHAM en arrivant là-haut en 1911.

A lui seul le cadre est grandiose, une boucle de l’Urubamba devient à cet endroit un torrent impétueux et enserre dans sa boucle un piton aux murailles de granite abruptes unissant le mâle massif du Machu Picchu ( la vieille cime ) et l’orgueilleuse lame du Huyana Picchu ( la jeune cime ) véritable nid d’aigle où les guetteurs se relayaient jours et nuits. Ils s’étaient certainement endormis dans leur bivouac puisqu’ils n’avaient pas vu venir le plus dangereux des envahisseurs, la jungle elle-même avec ses arbres délirants, sa végétation démentielle, ses fougères empoisonnées et ses lianes gigantesques.

Devant nous se dresse la cité ou forteresse de pierres cyclopéennes, ces pierres démesurées aux angles rentrants d’un poids écrasant, d’une vaine épaisseur, témoins d’un monstrueux effort, demeures luxueuses et déconcertantes. Au prix de quels sacrifices l’homme parvint-il à installer au cœur de cette solitude la mieux protégée ces structures rectangles et trapèzes. Ces perpendiculaires et ces hypoténuses proclament les lignes d’une géométrie nouvelle reconnaissable et inaltérable. Non point une esquisse labile mais une empreinte permanente qui atteste à la surface de la planète la signature et les rêves de ce peuple disparu.

Voici donc les sites dont les noms ont défié le temps: le palais des princesses, le temple du condor, l’extraordinaire observatoire astronomique. Autels, temples, terrasses, fontaines, chambres, prisons...

La citadelle fortifiée s’inscrit dans la montagne. Pierres taillées et roches brutes s’imbriquent sous les angles les plus surprenants, la construction des hommes épouse chaque creux, chaque relief de ce versant tourmenté de la cordillère de Vibramca. Tout au long de la pente, les maisons se pressent dans un étalage étourdissant de niveaux en terrasses, reliés par une centaine d’escaliers.

Nuit à l’Hôtel HATUCHAY TOWER

 

J9 MACHU PICCHU - CUZCO 9/11/2000

        «  Alors sur l’échelle de la Terre je suis monté

A travers les broussailles des forêts perdues

        Jusqu’à toi Machu Picchu

        Haute cité de pierres escaliers

        Mère de pierres, écume des condors

        Hauts récifs de l’aurore humaine... »

        PABLO NERUDA

Comment quitter cet endroit magique et mystique sans y refaire un tour ? Nous revoilà devant cette énigme de pierre posée dans un cadre d’une beauté tragique, dans un décor de matin du monde, nid d’aigle émergeant de l’inextricable et vivace entrelacs de la forêt-mère. Le règne minéral occupe un mince palier entre le ciel infini et la puissante fermentation des arbres, des fougères, des orchidées et des mousses.
Machu Picchu demeure un défi et une énigme de l’homme à l’histoire : poste fortifié destiné à barrer l’accès de Cuzco aux peuples sauvages de la forêt, sorte de couvent réservé aux « vierges du Soleil », temple forteresse, harem privé de l’ Inca, dernier refuge de Manco, souverain fantoche ?

A chacun sa vérité ou son rêve.

A chacun sa promenade : les uns font le sentier de l’Inca vers le poste de garde, les autres partent vers le pont de l’Inca et mention particulière à Isabelle qui viole le Huayna Picchu. Je rassure les parents et Yves : il ne s’agit que d’une métaphore.

 

Nous quittons le « Mapi » à regret et plus tout à fait les mêmes pour reprendre notre tortillard en direction de Cuzco. Nous traversons les mêmes paysages qu’à l’aller. Précision inutile puisqu’il s’agit d’une évidence. Mais enfin...

La fin du périple est unique et grandiose. Unique par ses quatre zigzags à aiguillage qui permettent la descente vertigineuse sur Cuzco. Grandiose par la vue panoramique sur la ville éclairée par des milliers de lucioles et d’où se détache la Cathédrale sur la place d’armes. C’est déjà Noël ! D’ailleurs certaines en profitent pour faire quelques achats nocturnes.

Nuit à l’Hôtel ROYAL INKA II

J10   CUZCO - PUNO 10/11/2000

Rendez-vous est pris à la gare San Sébastien pour une nouvelle aventure ferroviaire. Cette fois nous prenons le TGV ( train à grandes secousses ) péruvien. Succession de scènes bucoliques à travers la sierra puis la puna. Au bord de la voie nous croisons toutes sortes de camélidés dont des baby-alpagas pelés et transis de froid, tremblant sur leurs membres graciles sous le regard indifférent de nos Cruellas.

A l’intérieur des wagons on a l’impression d’être à la foire du trône tant les secousses et les frissons sont garantis. Il y a même un jongleur qui fait un numéro avec une tasse de café. A force d’être brinquebalé nous arrivons au sommet du col à RAYAS, point culminant pour une voie de chemin de fer: 4313m.

Puis vient l’Altiplano où la vie s’obstine, tenace sous le vent. La solitude n’empêche pas, cependant, la nuit de succéder au jour, pas plus qu’elle n’interdit aux lamas de mâcher l’ichu, cette herbe élancée et dure. En vous voyant, ils arrêtent leur mastication et lèvent leurs visages pathétiques de chameau lunaire en vous fixant de leurs yeux pochés.

Pendant ce temps les hommes ruminent toutes les choses de l’existence qu’ils ne parviendront jamais à comprendre. A force d’avoir enterré les enseignements des ancêtres, d’avoir lâché l’Inca pour le Christ, les vierges du Soleil pour la Vierge Marie, le Machu Picchu pour le Vatican, les Indiens semblent être devenus les bâtards de leur propre civilisation. D’elle il reste heureusement quelques traces indélébiles, quelques rites magiques, quelques pratiques barbarisantes.

Comme refuge et moyen d’oublier leur mélancolie ils ont la musique. Et leur zampona, sorte de flûte de pan, émet un son d’une tristesse poignante qui fait penser à ce que disait Giono de la flûte des bergers de Provence: «  la note grave qui fait sonner tout le noir bassin qu’on a au fond du coeur pour garder la réserve de larmes. » ( Le serpent d’étoiles )

Les femmes silencieuses filent les quenouilles. Rien apparemment ne se passe sous le feutre ocre de leurs chapeaux ronds. Rien non plus sous les jupes et jupons qui les encombrent ( d’après un gériatre de mes amis ), crinolines de dérision, elles leur confèrent pourtant une grâce unique. Ces femmes ont le physique de leur pays et lorsque frileuses elles posent sur leurs épaules pointues l’ample manta traditionnelle, elles apparaissent alors nobles et légères.

Légères? Vous avez dit légères ? D’après la tradition orale péruvienne sûrement. En voici un florilège :

        «  L’amour des femmes

        Est comme celui des poules.

        Si le coq vient à manquer

        Elles se donnent à n’importe quel poulet »

       ( chanson quecha )

        «  La femme qui aime deux hommes

        N’est pas sotte

        Si l’une des bougies vient à s’éteindre

        L’autre reste allumée. »

       ( poésie de la Cordillère )

Ne nous laissons pas griser par l’altitude et continuons notre route pour arriver au terminus : JULIACA. Là nous attendent Luis, notre nouveau guide et un bus qui nous amène à PUNO. Chemin faisant Luis nous explique que nous sommes dans une zone de contrebande avec la Bolivie. Cette activité hautement clandestine se fait les jours ouvrables et aux horaires affichés, la tout à des endroits prévus à cet effet. Si un douanier vient à s’y égarer un modeste pourboire lui fait retrouver son chemin ( comme chez nous, en général vers la bar le plus proche) . Frissons dans le bus !

Très en veine de confidences Luis nous annonce que nous allons arriver tout à l’heure ce qui s’avère vrai au bout d’un laps de temps.

Quelle arrivée !!

L’hôtel est un croisement entre l’antre de Gargamel et une oeuvre du Facteur Cheval. Pour stroumpfant c’est stroumfant !!

Nuit à l’Hôtel TAYPIKALA

J11 PUNO- LAC TITICACA -PUNO 11/11/2000

        « Ah Viracocha, tien Copac!

        Le soleil, la lune

        Le jour, la nuit.

        Les saisons du mûrissement et de la pluie

        Ils ne sont pas libres

        De Toi ils prennent leurs ordres

        A Toi, ils obéissent. »

        Prière de MANCO CAPAC

Qui n’a jamais entendu parler du lac TITICACA ? Ce nom aux consonances si particulières se grave facilement dans les mémoires et ne s’oublie pas de si tôt. Pour certains le nom fait simplement sourire ( il y a des quinquagénaires qui sont restés au stade pipi-caca ) pour d’autres il marque l’inconscient populaire.

Drapé d’une aura mystique le lac Titicaca, berceau de la mythologie inca et domaine de Viracocha - héros culturel barbu et à la peau blanche - impressionne avant de séduire ! Illuminé par un soleil ardent, encerclé de hautes montagnes et habité par un peuple d’une époque oubliée il dégage un charme étrange. Il prend des allures de mer intérieure dont les eaux azurées sont saupoudrées d’une quarantaine d’îles dont certaines flottantes faites de roseau tortora au-dessus desquelles virevoltent des nuées d’oiseaux.

Dans la langue des Aymaras, civilisation antérieure aux Incas et dont les Uros sont les descendants, Titicaca veut dire le « puma de pierre ». Pourquoi un tel nom ? Une photo prise par satellite depuis l’Est montre que le lac a la forme d’un puma attrapant une proie. Certains prétendent que le yahé, une herbe hallucinogène, aurait permis aux chamans aymaras d’élever leur esprit et de voir ainsi le lac d’en haut, d’où le nom !

Le lac Titicaca, vu de l'espace. Crédit NASA.

Le Titicaca vu de l'espace. Credit NASA

Sur le bateau on prend la mesure du décor : le pourtour du lac est bordé de cultures en terrasses et souligné par les sommets enneigés de la Cordillère. Les îles sont une superposition de couches nombreuses de roseaux tressés que les habitants accumulent au fur et à mesure. Les tortoras sont le matériau à tout faire des Uri, les indiens du lac. Ils l’utilisent aussi bien pour la construction de leurs huttes qu’à celle de leurs embarcations et s’en servent encore de combustible ou de substrat pour les maigres cultures de leurs jardins flottants. En débarquant sur cette île nous avons l’impression de marcher dans des sables mouvants mais nos foulées aériennes nous empêchent d’enfoncer. Les Uros sont chasseurs, pêcheurs, marchands, taxidermistes et ... hématologues distingués ( ils soignent les anémies avec du sang de cormoran encore chaud ). Actuellement ils pratiquent surtout la chasse et la pêche au gros c’est à dire au touriste, espèce en voie de prolifération. Ce qui entraîne des télescopages culturels: présence de panneaux solaires et de téléviseurs sur ces frêles îlots.

Les eaux sont si froides que les riverains apprennent rarement à nager. Selon la légende le lac Titicaca tire son origine des larmes d’une mer triste, forcée de se retirer sur ordre divin suite à une lutte titanesque entre les autres éléments de la création.

 

Nous laissons les Uros pour prendre le cap sur l’île de TAQUILE. Pour la visiter, il faut escalader 533 marches empierrées qui conduisent au village mais nous préférons opter pour le sentier qui est plus long mais moins raide. La montée parfois pénible n’est plus qu’un mauvais souvenir lorsque parvenu au sommet on savoure un panorama où l’horizon est hérissé de cimes, tandis qu’en contrebas les terrasses étagées dégringolent en cascades jusqu’aux rives du lac.

Parfois on croise un groupe d’hommes en train de tricoter tout en marchand. Les Taquiles créent de très belles étoffes de laine et d’alpaga ainsi que des vêtements aux couleurs chatoyantes. Couleurs et motifs sont codifiés et révèlent le statut de qui les portent.

Ainsi un homme marié sera coiffé d’un bonnet aux pompons rouges tandis qu’un célibataire arbore des pompons blancs.

Loin de la vie trépidante de notre civilisation, dans le calme et la sérénité de leurs maisons indiennes les femmes tissent et les hommes tricotent. Ici l’artisanat c’est la vie. Les doigts agiles travaillent à une vitesse stupéfiante, ils sautent, se croisent, virevoltent, autour des fils qui sortent des poches de leur pantalon ou de leur chemise. La laine passe derrière la tête sur les épaules, se dévide le long des bras. Le tricoteur est lui-même transformé en une véritable pelote.

 

Ainsi près de la vieille église coloniale blanchie à la chaux, ils sont assis,  jouant des aiguilles et papotant. Ils refont le monde. Les motifs de ces tricots se rapportent à la vie quotidienne. L’accent circonflexe hérissé de petits triangles représente les chemins qui conduisent à la Pachamama. C’est un signe de tranquillité et d’apaisement. Le double escalier avec un rectangle au milieu évoque un mariage.

Sur Taquile les vêtements et la façon de les porter sont chargés de sens. Une femme vêtue d’un corsage blanc cherche un époux. S’il est rouge elle l’a trouvé. Cela évite les situations ambiguës ou pimente l’affaire. C’est selon !

Ici la vie est communautaire et rien ne se passe sans l’accord du conseil des anciens. Mais comme chez les Uros le tourisme semble lentement venir pervertir le système.

Retour sur le continent et petit saut au temple de la fertilité situé à côté de l’hôtel. Celui-ci se révèle être une « véritable champignonnière » comme le dit pudiquement et en rosissant Dominique P. en pensant au bolet impudicus ce basidiomycète à la forme si évocatrice... Nuit à l’Hôtel TAYPIKALA

 

J12 PUNO - COPACABANA – HUATAJATA -LA PAZ 12/11/2000

Nous prenons la route ce matin, toujours sous le soleil pour nous diriger vers la Bolivie et quitter le Pérou déjà si cher à nos cœurs.

Arrêt technique à JULI sur l’incontournable Place des Armes ce qui nous permet d’assister à la sortie haute en couleurs de la messe dominicale.

Arrivée à KASANI où nous franchissons la frontière symboliquement à pied

Voici la Bolivie !

Pays des records insolites, qu’il s’agisse de la ville de La Paz, la capitale la plus haute du monde (4062 m ), du lac Titicaca à 3820m lac navigable le plus haut du monde, du golf le plus haut du monde ou encore du Chacaltaya (5600m) la piste de ski également la plus haute du monde , 190 coups d’état, une inflation de 40000% avant 1985 ...

Changement de pays, changement de style de guide. Aujourd’hui c’est Carlos (Carletta d’après certaines mauvaises langues… )

Première visite : COPACABANA.

Joyau de l’architecture coloniale d’époque renaissance COPACABANA occupe le centre d’un décor majestueux au bord du lac Titicaca. Capitale de ce royaume aquatique. Aquatique ? A contempler sa surface immobile on se souvient que la roche éponyme de Titicaca veut dire «  pierre d’étain » . Cette grande étendue appartient au même monde minéral que les montagnes qui la surplombent, rien de vivant dans ces rives, une austérité qui vous renvoie aux origines de l’univers. A peine quelques bouquets de tortora mettent une note plus douce dans ce décor d’eau et de pierre où la mythologie Inca place la naissance du soleil et le commencement de l’histoire.

 

Copacabana le sanctuaire de tout le continent et centre de pèlerinage très important est dominé par une immense basilique blanche aux coupoles recouvertes de tuiles vernissées. Comme tous les édifices de très grande dimension et destiné à la piété de masse, celui-ci manque de mystère et de beauté. L’intérieur malgré un retable doré et un ange vêtu d’un pagne à plumes est convenu et pompeux. La chapelle isolée de l’enceinte du sanctuaire, touche plus. Faite d’une coupole posée sur quatre piliers sans murs, elle a gardé le nom de chapelle « misère ». Autrefois elle servait à veiller les morts. Aujourd’hui on voit de vieilles indiennes s’adosser aux piliers blancs et méditer dans ce décor d’une rigoureuse perfection géométrique.

 

 

A l’extérieur on bénit les voitures d’occasion, sage précaution dans ce pays. Ici une Jeep Wagoneer des années 70 parfaitement décorée pour la circonstance.

 

Au-dessus de nous un arc (???) en ciel forme une magnifique ceinture autour du soleil. Ce qui fait naître de nombreuses hypothèses quant à l'origine de ce phénomène....

la forme circulaire serait due à :

  1.      la situation près proche de l’équateur

  2.      un miracle

  3.      hallucination collective

  4.      auréole collective pour le groupe

Or comme toujours il n’en est rien. Veuillez consulter vos manuels de géophysique.

Nouveau pays, nouveau moyen de locomotion: embarquement sur le catamaran Santa Rosa pour rendre sur l’ILE DU SOLEIL. Celle-ci est formée d’un énorme rocher appelé Tiki Kala. Pour y accéder, il faut gravir de nombreuses marches comme partout dans ces pays. L’ascension se fait dans un véritable jardin botanique ponctué de nombreux arrêts didactiques.

Le premier est consacré aux camélidés andins : lamas, alpagas, guanacos et enfin une vigogne. Il y en a qui ne savent toujours pas comment les distinguer alors qu’il suffit de regarder la queue, les oreilles, l’implantation de la laine et de demander aux parents.

Carlos nous fait encore découvrir l’art de construire les bateaux en totora, les différentes cultures de l’île, le tissage... Mais le plus émouvant nous attend : la prière et la bénédiction d’un prêtre aymara.

Avec Inti, l’astre sacré au zénith, les flots mystérieux se métamorphosent alors en un bleu profond d’où surgissent quelques îlots rocheux. Du sommet de l’île principale, celle du soleil on voit surgir une autre , celle de la lune avec en toile de fond les sommets de la Cordillère royale, l’ICCAMPU, l’ANCKOHUME. Incontestablement les dieux ont bien choisi leur endroit.

Sur les terres autour du lac se balancent les huppes dorées du maïs. Par-ci, par-là des clochettes tricolores, c’est la KANTUTA, la fleur nationale bolivienne qui reproduit le drapeau jaune, vert et rouge.

C’est les yeux fermés que nous faisons l’approche de la capitale bolivienne. Puis c’est la divine surprise. Sous Quilla, la lune, La Paz ressemble à un gigantesque coffre à bijoux. L’immense canyon qui abrite la ville s’illumine de minuscules reflets de vie, qui, pour un instant vous font croire que vous êtes en plein espace entouré d’étoiles.

           Sorti de son carcan de montagne l’Altiplano s’ouvre subitement pour disparaître, dans un abîme  vertigineux. Mais où est la ville ? En se penchant, on distingue La Paz enclavée comme un bateau naufragé au fond d’un lac.
D’abord concentrées dans le fond les maisons ont peu à peu escaladé la hauteur. Faites de briques et de paille à peine se détachent-elles sur la roche gris ocre. Elles épousent chaque pli du terrain en sorte que la route vue d’en haut ressemble à un gigantesque couverture jetée sur les bosses et les creux du ravin.

Depuis l’Alto, cette partie haute de la ville, la route descend en spirale, serpente parmi les coteaux enduits d’une boue sablonneuse et rougeâtre.

Nuit à l’Hôtel PLAZA

J13 LA PAZ - TIHAHUNACO - LA PAZ 13/11/2000

La Paz, la « ville lumière » des Andes !!

Les Andes, une muraille de neige et de roche qui sépare l’Altiplano de l’Amazone, le domaine de Pachamama la déesse de la terre. Ici le soleil fait chatoyer les couleurs comme nulle part ailleurs : les tons bariolés des aguayos des cholas, le chapeau melon et la polera des citadines orgueilleuses, l’éclat vif des piments, les rouges, jaunes, oranges des fruits frais, le vert de la feuille de coca et le bleu immaculé de l’Illimari le bien nommé puisqu’en aymara il signifie brillance.

Nous quittons la ville le matin pour TIHAHUANACO. Ruines d’une très ancienne civilisation qui fleurissait bien avant les Incas en plein Altiplano aride. Là-haut les Indiens portent des chapeaux de feutre contre le vent et le froid. Les melons actuels ont été introduits par les constructeurs de chemin anglais. En 1830 un français rapportait que les « indiens et les cholas (métis d’indiens et d’européens) portaient des chapeaux d’homme faits généralement de feutre blanc c’est à dire un chapeau en forme de bol de pudding en feutre indien non teint. » Il poursuit en notant que le costume adapté aux basses températures de ce pays n’a rien de séduisant, il ne permet pas des attitudes gracieuses. » Les femmes se vêtent en empilant une demi-douzaine de polleras de couleurs vives les uns au-dessus des autres. Elles aiment montrer leur garde-robe en portant tout à la fois

Les aymaras ont aussi découvert les secrets de la coca ( l’or vert ) et s’en servent aujourd’hui pour lutter contre le froid, la faim et la douleur mais aussi pour ses vertus divinatoires. Le père BLAS VALERA écrivait : «  La cuca, est un arbuste de la hauteur de la vigne. Il a peu de branches et sur celles-ci quantité de feuilles délicates, de la longueur d’un pouce et exhalant une bonne odeur... La cuca est si agréable aux Indiens qu’ils la préfèrent à l’or, l’argent et aux pierres précieuses ; il la cultivent avec un soin extrême et la récoltent plus soigneusement encore . »

Cet arbuste aux fleurs petites et jaunes représente un élément essentiel pour l’indien. Mal nourri, opprimé pendant des siècles, comment aurait-il pu résister à la fatigue et à la faim sans l’aide de ces feuilles qu’il mâche à longueur de journée ? La coca ( Erythoxylon Coca ) croît à l’état sauvage dans les Andes, mais on la cultive aussi traditionnellement sur des terrasses taillées à même la pente montagneuse.

Une autre plante de la pharmacopée péruvienne est appelée à une nouvelle jeunesse. En effet la MACA est maintenant connue sous le nom de « Viagra péruvien ». Ce bulbe cultivé comme aliment depuis plus de 12000 années est riche en saponines stéroïdes d’où son action sur l’impuissance sexuelle. Victime de son succès la maca a été exportée de manière incontrôlée vers les USA. Il y des grands groupes pharmaceutiques dont la puissance est remise en cause !

Après ces digressions pharmaco-ethnologiques nous arrivons enfin à TIHAHUANACO qui ressemble à un amas de pierre jeté dans le désordre et l’abandon. Dans un paysage désolé de toundra battue par le vent, bouleversée par de nombreux séismes, en partie démantelée, la ville témoigne cependant toujours d’une architecture cyclopéenne, rigide comme à l’équerre, qui se répète dans l’agencement mathématique de murailles sévères. Mais si d’imposants perrons de pierres mènent encore sur de monumentales portes taillées dans un seul bloc, celles-ci ne s’ouvrent plus que sur le néant. Cette céleste porte du soleil est-elle une vrai porte ou bien le sommet d’une autre bâtisse à présent sous terre ? Doit-elle son nom au fait que le dernier rayon de soleil couchant la traverse obliquement ? Les temples et les palais sont désespérément déserts, les oracles se sont tus. Sous les terrasses éboulées, les statues colossales au regard vide semblent étayer le ciel.

Dans cette atmosphère cristalline le mystère s’impose aux visiteurs. Comment expliquer les larmes de Vira cocha, le dieu qui pleure? Savait-il déjà que les jaguars, les condors et les prêtres qui l’entourent ne parviendraient pas à sauver son peuple d’une humiliation qui durerait des siècles. Aussi muettes les pierres que sont muets leurs héritiers. Connaîtra-t-on un jour la véritable histoire de ce silence?

Le lac Titicaca, lac sacré de la genèse andine recèle-t-il dans ses eaux glacées une des clés de cette énigme de Tihuanaco ? Découvrira-t-on jamais qui était ce peuple perdu dans les brumes d’un oubli séculaire ? Les divinités géantes qui veillent toujours sur lui ont perdu la voix.

Retour en ville pour le déjeuner et visite de la vieille ville. Trois styles architecturaux coexistent : le style colonial espagnol, luxueux dans la sobriété de ses décors, celui plus austère parce que plus baroque du 19ème siècle, celui des quartiers modernes de Calacoto ou de Obrajes. L’église San Francisco, joyau de l’architecture coloniale est le cœur de la capitale mais son quartier est gâché par une circulation chaotique et par une surabondance de boutiques à l’usage des touristes.

 

Benjamin notre guide, propriétaire d’un cuy probablement enrhumé, nous annonce la pluie et décide de quitter la ville pour la VALLEE DE LA LUNE.

Nous débarquons sur une surface forcément lunaire, grise, plate, à 4000 m d’altitude. Un ciel trop pur, une masse d’air trop cristalline semblent écraser la terre.

Pas une plante, pas un arbre sous l’aveuglante netteté, à peine quelques cactées. Une quiétude, une immobilité presque effroyable nous entourent. La vue porte à des distances incalculables.

La pluie ne vient pas et nous retournons en ville pour voir le marché populaire et le marché des sorcières.

Dans les quartiers de la vieille ville, les ruelles sont si escarpées qu’elles vous coupent le souffle en deux enjambées. Heureusement ici la lenteur tient lieu de sagesse. Le marché tentaculaire est un cinéma qui ne ferme jamais. Les trottoirs réquisitionnés par les vendeurs et les restaurants ambulants sont à ce point encombrés qu’il faut se frayer un chemin parmi les marchandises de toutes sortes. Les vieux bus et les «  colectivos » à bord desquels les « portavoz », enfants annonceurs des destinations s’époumonent toute la journée, défient les pentes, se frayent à leur tour un passage à coup de klaxon parmi la cohorte des passants.

Ici on vend de tout. Chapeau boule vissé sur le crâne, les cholitas comme on appelle les Indiennes amayras venus s’installer à la ville ont développé un sens aigu des affaires. Viandes, fruits, légumes, dizaines d’espèces de pomme de terre, céréales, graines, racines ou encore feuille de coca tout se pèse à la balance romaine. Des croix en tortora, des herbes médicinales aux teintures en passant par des accessoires de sorcellerie chaque problème humain trouve ici la solution.

Argent, amour, fécondité tout se résout définitivement dans des petits sachets magiques. L’Altiplano est avare en réalités solides, alimentaires... mais il est riche en substances pour stimuler l’imagination.

Quelques méchantes étoffes sur le sol font office d’étal, l’à-peu-près s’impose comme règle des poids et mesures et le marchandage est de rigueur. Chaque porte de chaque maison pauvre est une boutique où l’on vend quelque chose : de la purée de maïs enveloppée dans une feuille de tipa, du pisco - boisson alcoolisée très forte -, une poignée d’oignons...

Leur « ayvayo » sur le dos les petites reines de la capitale courent en tous sens pour s’asseoir finalement sur un recoin de trottoir et traîner là pendant des heures durant immobile face à leur marchandise. Ferveur, indolence ? Allez comprendre. Il n’est pas facile pour un esprit occidental de percer les mystères qui régissent le monde indien. Les Indiennes attendent leurs clients en silence, pas un appel, pas un cri. Même en approchant, elles ne bougent pas et restent plongées dans un mutisme impénétrable. Attendent-elles vraiment des clients? Espèrent-elles leur vendre pour quelques bolivaros de fèves ou de maïs ?

Pourquoi crier, à quoi bon appeler le passant ? S’il doit venir, il viendra, sinon...

Décidément l’exubérance baroque des églises espagnoles de La Paz n’a pas déteint sur la population indigène.

Nuit à l’Hôtel PLAZA

J14 LA PAZ - PARIS 14/11/2000

Réveil : 4h15 heure locale

Décollage La Paz : 7h50

décalage horaire + 5

arrivée Santa Cruz : 8h50

décollage: 10h15

arrivée Miami : 16h03 heure locale

décollage : 20h25

arrivée Paris : 11h

Sachant que l’impéritie du personnel d’American Airlines est notoire et que toutes choses étant égales par ailleurs quelle est la durée exacte du vol retour ?

Fini le voyage !

S’il existe des pays au monde où la géographie détermine l’histoire, les arts, la vie quotidienne ces pays sont le Pérou et la Bolivie.

Tout est terre au Pérou et en Bolivie, tout en est imprégné, tout en porte l’odeur comme la peau de l’Indien garde celle de la cola.

Hautes plaines grises, vallées souriantes, tropiques débordant de vitalité, échelonnées entre le ciel et l’enfer, le Pérou et la Bolivie, tragiques, humiliés, fatalistes, somptueux et luxuriants n’ont pas fini leur ascension. Malgré les siècles dont certains furent lourds, les pays n’en sont qu’à leur aurore.

Les Indiens le savent, qui cachent leur certitude au fond de la légende. Le jour viendra.

Quant à nous les sites grandioses nous ont coupé le souffle au propre comme au figuré. Demain nous trouverons peut être les clés qui... permettent de comprendre cette civilisation qui, faute d’écriture , ne nous a laissé que des objets.

Souvenirs d’un voyage dans deux mondes : celui de Cuzco, d’un lieu révolu dont les accents d’or massif se sont dissous dans les rêves et celui de Lima, d’un aujourd’hui bien présent, au rayonnement fait de charme, de vie et de misère.

Souvenir d’un sourire, de deux yeux noirs pétillants, d’une présence discrète et efficace. Merci Elizabeth. Souvenir d’une « famille ».

Merci à tous pour tout et aux autres pour le reste.

MAURICE

 

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Voici quelques reliefs de la très attendue soirée de clôture et son fameux et très élégant défilé de chapeaux promis par Lulu depuis des jours... Bravo !

   

La photo en témoigne, chacun assume parfaitement son rôle quand il s'agit de travailler du chapeau !

GG ;-)